Formes symboliques

Le séminaire de l'équipe du LIAS

Le séminaire "Formes Symboliques" a été fondé par Jean Lassègue, Giuseppe Longo, Victor Rosenthal et Yves-Marie Visetti.
Il est actuellement le séminaire de l’équipe LIAS, composante de l’Institut Marcel Mauss à l’EHESS.


Le séminaire est bi-mensuel et se tient les jeudis de 17h à 19h dans les locaux de l’EHESS :
105 boulevard Raspail, 75006 Paris, salle 6 (sauf avis contraire).

Problématique

générale

Texte complet

Le point de vue général que ce séminaire entend se donner est celui d’une anthropologie sémiotique au croisement des sciences de la culture et des sciences cognitives. On y présentera des travaux théoriques et empiriques, non seulement en sciences du langage et en sciences cognitives, mais plus fondamentalement dans les diverses sciences de la culture qui en forment l’horizon déterminant : notamment, anthropologie, paléoanthropologie, éthologie, archéologie, linguistique historique et comparée. Ainsi, par exemple, la continuité et les ruptures entre l’animal et l’humain seront-elles analysées du point de vue d’une notion étendue de la culture. Sur le plan épistémologique, on cherchera à caractériser les objets à partir de leur diversification constitutive, et de la pluralité des pratiques où ils s’inscrivent, et non à partir d’invariants assimilés à des principes génératifs universels, dont toute différence se déduirait par instanciation. Dans cet esprit, les théories des Formes de filiation gestaltiste seront réexaminées, avec leurs capacités à se prêter aux types de fonctionnement sémiotique requis, à toutes les échelles de leur temps génétique. Une ouverture sera cherchée en direction des modélisations de systèmes complexes, qui permettent d’aborder ces questions dans leurs dimensions individuelles et collectives, intérieures et extérieures, synchroniques et diachroniques. À l’heure où certains militent pour une naturalisation immédiatement exécutoire de toute anthropologie, il sera bon de rappeler que si naturalisation de l’anthropologie il y a, ce ne peut être que sur la base d’une culturalisation effective des sciences cognitives. Elle a pour corrélat le renforcement du dialogue entre philosophies d’inspiration phénoménologique et herméneutique, dont l’actualité au plan des problématiques scientifiques sera mise en lumière par les activités du séminaire. Mais ce dialogue, nous voudrions aussi le placer sous l’égide du projet formulé par Cassirer - d’où le titre de « Formes symboliques » qui lui est emprunté - qui nous semble symboliser au mieux cette relance problématique. On contribuera ainsi au développement d’une problématique des sciences de la culture, conçue comme un point de vue singulier sur les sciences humaines et sociales, et sur leur imbrication aux sciences cognitives - dont elles sont aussi des conditions. Mais ce dialogue, nous voudrions aussi le placer sous l’égide du projet formulé par Cassirer - d’où le titre de « Formes symboliques » qui lui est emprunté - qui nous semble symboliser au mieux cette relance problématique. On contribuera ainsi au développement d’une problématique des sciences de la culture, conçue comme un point de vue singulier sur les sciences humaines et sociales, et sur leur imbrication aux sciences cognitives - dont elles sont aussi des conditions.

Argumentaire

Texte complet

Partons tout d’abord d’un constat, que l’on peut présenter philosophiquement et épistémologiquement de la manière suivante. L’idée de la naturalisation - celle que les catégories du monde naturel pourraient s’étendre jusqu’à absorber toute l’anthropologie - n’est bien sûr pas neuve. Du reste, le terme même d’anthropologie, toujours équivoque, se prête traditionnellement à une double tentative d’objectivation, l’une sociale et culturelle, l’autre biologique, de l’humanité conçue comme genre, ou comme espèce humaine. Aujourd’hui, certains discours militent en faveur d’une résorption de ce double phylum explicatif au sein d’un réseau fondamental de déterminations légitimées par une certaine vision des sciences cognitives, relues dans une perspective néo-darwinienne. Au-delà des formulations maximalistes simplement destinées à provoquer, il semble nécessaire de questionner la fonction idéologique de ces discours qui entendent dire le sens des recherches effectives, et légitimer tel ou tel programme de recherche. Car, à y bien regarder, plusieurs discours rivalisent pour promouvoir cette idée d’une naturalisation intégrale de l’anthropologie. Ils sont particulièrement bien représentés dans le champ cognitif, et sont d’ailleurs intimement liés à son histoire des vingt dernières années. Comme ce champ est en partie le nôtre, il importe, à titre liminaire, d’en rappeler quelques lignes de force.

Dans la mesure où la philosophie kantienne inspire toujours la classification des savoirs et projette son ombre sur plus d’une épistémologie interne à telle ou telle science, il est commode de s’y référer pour classer à leur tour ces divers discours.
Historiquement, la théorie kantienne du schématisme a pu sembler permettre d’articuler au sein d’une instance unique appelée imagination trois pôles d’activité susceptibles de justifier un partage de la connaissance : instance productrice de la perception, elle rendait en même temps possible la construction d’un milieu où pouvaient s’épanouir les entités mathématiques nécessaires à la physique, tout en offrant de surcroît un embryon d’imagination proprement sémiotique, conçue comme parcours faisant jouer des concepts, des idées et des constructions sensibles qui leur tenaient lieu d’emblème. Si le schématisme répond en premier lieu à la nécessité de déterminer dans l’espace et le temps les objets de l’expérience, il est donc admis en même temps qu’il puisse participer à d’autres jeux : d’autres formes, plus libres, de son déploiement permettent en effet à la pensée de symboliser ses idées de façon sensible, et de faire signe dans le phénomène, sans pour autant que soient déterminés à cette occasion des objets de l’expérience. Bref, l’imagination kantienne telle qu’elle est conçue dans la théorie du schématisme est à la fois productrice et constructive, tout en permettant d’envisager le cours perceptif comme sémiotique.
Or, de nouvelles solidarités sont apparues entre disciplines, qui bouleversent le partage que la théorie kantienne instaurait à l’aide de la différence entre jugement réfléchissant et jugement déterminant, ou entre phénomène et objet de l’expérience. Certains auteurs ont ainsi considéré que le concept de forme était le lieu décisif à partir duquel étendre la région de l’objectivité dans le dispositif kantien. Partie, paradoxalement, d’une conception aristotélicienne de la Forme, combinée à une part de l’héritage Gestaltiste, l’œuvre de R. Thom a ici ouvert la voie et permis d’amorcer un mouvement d’intégration à l’objectivité kantienne de la part morphologique-structurale de l’expérience. Cela n’a été possible qu’à partir d’une extension proprement mathématique du schématisme, comme l’a bien montré J. Petitot, qui en a posé le diagnostic et établi la portée épistémologique de ce déplacement capital. L’effet principal en sciences cognitives a été de rendre possible la théorisation d’un mode proprement morphodynamique de la cognition, traversant (au moins) les modalités visuelle, auditive et linguistique. L’ensemble de la démarche est compatible avec une épistémologie des sciences physiques de facture transcendantaliste, qui permet de justifier un programme de naturalisation du sens - passant de façon essentielle par une mise en commun des schèmes d’objectivation.
Mais on sait qu’une autre interprétation de l’héritage kantien veut, à l’opposé, valoriser le pôle catégoriel, logique et judicatif de l’entendement. Historiquement, ce mouvement a débouché sur des constructions conceptuelles très hétérogènes, certaines ayant tout simplement rompu avec le synthétique a priori, le schématisme et l’intuition pure, au profit d’un dispositif à deux grandes composantes : l’une, encore appelée analytique, mais à la générativité considérablement étendue par les progrès de la logique formelle, l’autre, purement empirique, mais d’une empiricité pulvérisée en caractéristiques atomiques. Le pas suivant a été de donner à la logique formelle et à l’arithmétique la puissance conférée par la mécanisation informatique, pour y réinscrire en particulier le paradigme helmolzien de la perception, conçue comme inférence inconsciente à partir de données sensorielles préalables. On obtient alors l’une ou l’autre des versions du paradigme computo-représentationnel des sciences cognitives : par un étrange détour de l’histoire, toute une perlaboration post-kantienne a débouché ici sur un mixte d’intellectualisme rationaliste et d’empirisme sensualiste, philosophiquement insondable (comme Quine l’avait déjà établi), au point de passer en dix ans d’une forme logique et solipsiste de fonctionnalisme, à un externalisme tout aussi métaphysique, pour se retrouver contraint à la fin de chercher une nouvelle cohérence en appelant à une naturalisation intégrale de type physicaliste - dépourvue cependant de toute épistémologie et de tout usage explicite des sciences physiques.
On comprend que ce paradigme - qui trouve moins de défenseurs proclamés aujourd’hui - n’ait pas réussi à proposer une théorie qui conjoigne les trois dimensions que la théorie du schématisme était parvenue à rendre solidaires : calculatoire sans être sémiotique, il ne rend pleinement justice ni aux objets mathématiques (en particulier s’agissant du statut de la géométrie), ni à la physique (en particulier s’agissant du statut de la physique quantique), ni non plus aux "objets" dont tout le monde s’accorde à reconnaître la dimension culturelle (qu’il s’agisse des formes institutionnelles du social ou qu’il s’agisse des genres esthétiques et littéraires, des constructions scientifiques et même de ce qui fut un temps le terrain de prédilection de l’IA, l’expertise et la résolution de problèmes). Son option fondamentale en faveur de structures cognitives discrètes a rendu problématique son compte-rendu de la perception et de l’action et empêché la prise en compte, à tous les étages de la cognition, de processus de nature plus perceptive que logique - d’où une guerre de dix ans avec les paradigmes connexionnistes, qui se recommandaient de modèles neuro-mimétiques plus continuistes.
Ces deux frères ennemis, le paradigme computo-représentationnel et le paradigme néo-kantien de la Forme dont il a été question plus haut, se ressemblent sur deux points essentiels, l’un très explicite, l’autre moins : rivaux et alliés sur la question de la naturalisation dont chacun veut être le principal champion, ils restent tous deux peu diserts quant à la dimension sémiotique et praxéologique du cognitif, sur sa dimension traditionale et historique, sur le rôle instituant et non pas adaptatif du langage. De ce fait, ils n’offrent pas d’autre intelligibilité de la variation culturelle et de l’innovation, notamment linguistique, que celles importées du cadre néo-darwinien, une notion utilitariste de valeur sociale jouant ici le rôle de fitness, ou valeur adaptative. Il est alors difficile d’imaginer ce qui pourrait tenir lieu, conformément à l’épure néo-darwinienne revendiquée, de variation aléatoire significative et non létale - si du moins nous comprenons ce que veulent dire schématisme dans un cas, et calcul dans l’autre.
Le débat - pour ne pas dire la guerre - entre les deux paradigmes traverse une période d’accalmie, chacun des deux adversaires s’attachant plutôt à prouver sa compatibilité et sa bonne intelligence avec ce qui paraît occuper à présent le centre de la galaxie cognitive, à savoir les neurosciences. La phénoménologie a joué un rôle ambigu dans ce nouvel équilibre des forces. C’est que pour une large part, le renouveau des approches phénoménologiques en sciences cognitives et en sciences du langage s’accompagne de la reconduction d’une épistémologie kantienne, au niveau de ce que l’on estime être le noyau scientifique de l’entreprise. S’il convient donc de reconnaître l’importance de ce qu’il y a de véritablement phénoménologique dans ce renouveau, il importe tout autant de souligner le danger de se contenter ici de versions édulcorées, qui serviraient simplement de supplément d’âme et de ressource thématique à ce qui ne serait en réalité qu’un "cognitivisme phéno-kantien" de la Forme. C’est que nous avons affaire ici à un certain type de préjugé naturalisant, qui reconduit précisément un modèle d’objectivation d’inspiration kantienne, fondé sur la conception de l’imagination évoquée ci-dessus, avec le partage afférant entre ce qui ne relève pas, et ce qui relève, d’une détermination scientifique autonome (via une élaboration appropriée du schématisme qui conserverait toutefois son caractère d’a priori). Mais il est vrai que la difficulté est grande, comme le montre le parcours de Husserl qui, parti d’un projet fondationnel concernant la logique et les mathématiques, l’a ouvert progressivement à la conscience réflexive de ses conditions corporelles, intersubjectives et même sémiotiques, en posant que ces conditions relevaient d’un nouveau type de science eidétique, venant fonder et redoubler le cours des sciences de la nature et de l’esprit. Pourtant, le mouvement philosophique entamé par Husserl n’a pas suffisamment recroisé le cours de ces sciences qu’il entendait fonder et redoubler, notamment l’anthropologie, les sciences sociales et les sciences de la culture. Jusqu’ici, en effet, la phénoménologie post-husserlienne, si l’on excepte quelques auteurs comme Schutz et Merleau-Ponty, a différé le moment de prendre véritablement en compte l’historicité et la socialité des pratiques, et avant tout le langage en tant qu’il institue et fixe les différents registres du sens. En somme, cette phénoménologie, tout comme la philosophie bergsonienne, a bien rompu avec la perspective kantienne, en ce qu’elle a fait de la connaissance une action ; mais cette action, elle ne l’a pas dans l’ensemble enchevêtrée de façon constituante au langage et à la socialité, laissant ainsi la porte ouverte aux réductions cognitivistes et mentalistes qu’elle avait pourtant tenté de prévenir. Or il y a, par exemple, selon le diagnostic posé par Merleau-Ponty, une profonde solidarité entre les questions du corps, du langage et de l’institution. Si bien que la problématique du langage, de la traditionalité du sens et de l’interprétation, semble être devenue la propriété exclusive des courants wittgensteiniens ou herméneutiques, lesquels ont soit refusé de faire usage de la phénoménologie, soit n’en ont fait qu’un usage allusif, renvoyant le plus souvent à l’une ou l’autre des grandes problématiques heideggeriennes. Ce sont alors, réciproquement, les dimensions de l’expérience subjective, du corps comme Leib et comme Körper, du langage comme production individuelle, qui sont méconnues - au point qu’à l’heure actuelle, la transition de ces problématiques vers les sciences cognitives semble impraticable.
Le problème ne nous semble donc plus être celui de savoir si le progrès des mathématiques et de la physique rend ou non caducs les arguments de Husserl en défaveur d’une objectivation mathématique des descriptions phénoménologiques - qui se convertiraient alors en sciences de type galiléen. Incontestablement, les mathématiques et la physique ont vertigineusement progressé, ce qui a déplacé la question des limites de l’objectivation. Mais le problème nous paraît plutôt de faire progresser, scientifiquement et philosophiquement, des phénoménologies qui restent à élaborer parce qu’elles investiraient au même degré des dimensions jusqu’ici reléguées à l’horizon du domaine "anté-prédicatif". Le langage, la culture et même le ’ social ª ne sont pas des superstructures qui viendraient s’empiler par-dessus un être au monde plus originaire. Ce sont des dimensions intrinsèques de cet être-au-monde, qui est d’emblée être-au-monde-social et être-au-langage : on ne peut donc en traiter si l’on est toujours astreint à un choix forcé entre attitude naturelle, et attitude phénoménologique conçue comme le fait d’une conscience intime. C’est sans doute le propos fondationnel de la phénoménologie, rémanent dans la notion d’évidence et, de proche en proche, dans celle de constitution, qui la conduit à repousser indéfiniment la prise en compte de ses propres conditions herméneutiques.
On voit donc que par différents biais, l’examen de la situation théorique actuelle en sciences cognitives nous conduit à chercher certaines de leurs conditions déterminantes sur les terrains des sciences sociales et de la culture. C’est ici que nous rejoignons le programme de ce séminaire. Comme il a été dit en ouverture, son point de vue sera celui d’une anthropologie sémiotique au croisement des sciences de la culture et des sciences cognitives. On y présentera des travaux théoriques et empiriques, non seulement en sciences du langage et en sciences cognitives, mais plus généralement dans les diverses sciences de la culture qui en forment l’horizon déterminant (voir les thématiques immédiatement ci-dessous). En particulier, la continuité et les ruptures entre l’animal et l’humain seront analysées du point de vue d’une notion étendue de la culture. De façon générale, on cherchera à caractériser les objets à partir de leur diversification constitutive, et de la pluralité des pratiques où ils s’inscrivent, et non à partir d’invariants assimilés à des principes génératifs universels dont toute différence se déduirait par instanciation (paramétrisation). Dans cet esprit, les théories des Formes de filiation gestaltiste seront réexaminées, en même temps que leurs capacités à se prêter aux types de fonctionnement sémiotique requis, à toutes les échelles de leur temps génétique (de micro- à macro génétique). Une ouverture sera cherchée en direction des modélisations de systèmes complexes, qui permettent d’aborder ces questions dans leurs dimensions individuelles et collectives, intérieures et extérieures, synchroniques et diachroniques.
À l’heure où certains militent pour une naturalisation immédiatement exécutoire de l’anthropologie sous les espèces d’une réduction physicaliste, il sera bon de rappeler que si naturalisation de l’anthropologie il y a, ce ne peut être que sur la base d’une culturalisation effective des sciences cognitives. Seule une telle perspective croisée est susceptible de lever les obstructions épistémologiques évoquées plus haut. Elle a pour corrélat le renforcement du dialogue entre philosophies d’inspiration phénoménologique et herméneutique dont l’actualité au plan des problématiques scientifiques sera mise en lumière par les activités du séminaire.
Mais ce dialogue, nous voudrions aussi le placer sous l’égide du projet formulé par Cassirer - d’où le titre de ’ Formes symboliques ª qui lui est emprunté - qui nous semble symboliser au mieux cette relance problématique. En témoignent ces quatre traits fondamentaux de la problématique et de la méthode cassirériennes : 1°. L’aspect génétique, qui reconstruit toute forme symbolique comme une différenciation progressive, scandée par des crises, impliquant toujours des couches plus originaires, qui continuent d’opérer au sein des formes apparues plus tardivement. 2°. L’enquête scientifique nourrie à une vaste gamme de disciplines de la nature et de la culture, et qui n’est cependant jamais confondue avec le travail proprement philosophique. 3°. Une déconstruction des hiérarchies, matérialistes aussi bien que spiritualistes, entre les niveaux de détermination et les types de savoir, qui fait place à une hiérarchie enchevêtrée - un réseau d’interdépendance - mis au jour dans les parcours de différenciation des formes symboliques. 4°. L’existence de styles, de genres, de modes de transmission déterminants, dont chacun répond à des problèmes spécifiques. S’y ajoute un cinquième trait sur lequel un travail de transformation est en revanche nécessaire - et c’est précisément un des buts de ce séminaire que de le mettre en œuvre : la place du social, qui est bien considéré comme le milieu de ce déploiement culturel, mais qui n’est pas explicitement traité chez Cassirer comme un facteur de construction et de diffusion.

Nous proposerons ainsi une première liste, non limitative, de thèmes de recherche pour le séminaire. Ils consistent aussi bien en relecture d’œuvres majeures du siècle dernier qu’en l’étude de travaux très récents empruntés à une large palette de disciplines : anthropologie, paléoanthropologie, éthologie, archéologie, linguistique historique et comparée. À une époque où le questionnement anthropologique se recompose, notamment autour de la question de l’émergence des langues et des pratiques symboliques, le besoin se fait sentir d’un rapprochement théorique et méthodologique non-réducteur entre diverses problématiques, culturelles, linguistiques, esthétiques et cognitives, qui, faisant signe les unes vers les autres, ne se trouvent qu’assez peu, alors qu’elles ont besoin de percevoir clairement et de façon pluraliste, leurs problèmes et leurs tâches respectives.

Thèmes

de recherche

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1. Gestalt, théorie des formes et structure thématique du champ de conscience

- Théorie sémiotique de la perception, de l’action et de l’expression. Critique de la primauté du morphologique dans la perception ; théorie motrice de la perception ; dimensions primaires de l’activité, de l’action orientée par des buts et de la manifestation expressive.
- Extension des théories dynamiques et de la "génétique" des Formes. Complexification des théories micro-génétiques déjà existantes : modélisation (modèles complexes de type physico-mathématique), langage (théorie des Formes sémantiques), psychologie (écoles de la micro-genèse).
- Sur le plan phénoménologique, analyse du champ de conscience à partir de la notion de thématisation (A. Gurwitsch). Transformations du champ thématique : la question des Formes au niveau macro-génétique.
- La question des déterminations culturelles de la perception, à toutes les échelles de temps.



2. Formes sémantiques et interprétation

- Confrontation des différentes théories linguistiques actuelles d’inspiration cognitive, énonciative ou phénoménologique. Critique des conceptions logicistes, spatialistes ou topologistes de la grammaire, « dictionnairiques » du lexique. Examen des modèles perceptifs de la sémantique.
- Structures textuelles et formes thématiques : interprétation et intertextualité, genres.
- Impact de ces conceptions sur la problématique de l’émergence et de l’évolution des langues et sur la comparaison avec les capacités sémiotiques des animaux.
- Rôle instituant du langage dans l’expérience. Critique de l’anté-prédicatif en phénoménologie. La thématisation entre sémantique, herméneutique et phénoménologie.



3. A partir du concept de forme symbolique

Cassirer a construit le concept de ’ Forme symbolique ª en le distribuant suivant les grands partages traditionnels de l’agir humain : langage, mythe, art, religion, science. Tout en reprenant ces grandes lignes de détermination, on cherchera de nouveaux éclairages à partir de plusieurs points de vue contemporains : ceux de la naturalisation et des sciences cognitives ; ceux de l’émergence des techniques et des institutions ; ceux de l’anthropologie contemporaine. D’où les rubriques provisoires :
- Naturalisation de l’anthropologie : qu’est-ce qu’une phylogenèse des cultures ? Culturalisation des sciences cognitives et construction culturelle du cognitif : quelles sont les bonnes questions ? Critique du néo-darwinisme en anthropologie cognitive et en philosophie de l’esprit.
- Rapport de la question de la forme symbolique à l’origine anthropologique des institutions (rituel, ritualisation, langage et structure sociale - rôles sociaux et lignages, territoires, royauté).
- Recherches sur les dimensions de la classification, sur la constitution des genres et des "écoles" : stylistique en un sens très générique (motifs et schémas de composition de base : que ce soit outillage, peinture pariétale ou objets travaillés). Sémiotisation et ritualisation des pratiques utilitaires. Réexamen du point de vue utilitariste. Critique de l’approche purement classificatoire des catégories de la parenté, de l’alliance et du totémisme.
- Les mathématiques et la physique dans la problématique des formes symboliques.
- Comparaison des méthodologies. D’une discipline à l’autre, on procédera à la comparaison des attendus méthodologiques (qui incluent toujours une part de théorie) : linguistique de corpus et linguistique diachronique, archéologie et paléontologie, éthologie. On comparera d’un domaine à l’autre les schémas de compréhension et d’explication, et on examinera les prétentions éventuelles à la reconstruction génétique du champ (par exemple, on comparera les méthodes de reconstruction des pratiques alimentaires, sexuelles, rituelles, esthétiques, etc., avec les méthodes philologiques de la linguistique comparée, de la proto-linguistique, des herméneutiques textuelles). On examinera les bases matérielles et les principes systématiques de ces herméneutiques scientifiques.
- Le problème de la constitution technique du cognitif.
- Evolution et formes culturelles : critique et évaluation des modèles darwiniens ou d’inspiration darwinienne.

Programmes

de recherche

Aux sources de la
variation culturelle


Projet SOURVA

Un diagnostic sert de point départ à ce projet : il existe, semble - t - il, trois et seulement trois modèles de production de la différenciation culturelle. Le premier est celui du diffusionnisme classique : une innovation es t adoptée de proche en proche, mais au fur et à mesure que l'on s'éloigne de son lieu d e surgissement, son attractivité décroît jusqu'à devenir nulle. Le deuxième est celui de la transformation logique telle qu'elle a été mise au jour par Lévi - Strauss dans Mythologiques : une polarité s'installe dans un champ (qui est à la fois sémantique et géographique), produisant des formes extrêmes inversées et des formes intermédiaires qui sont autant de synthèses de l'opposition dont les pôles sont porteurs. Le trois ième modèle est dit transactionnel : il illustre le compromis entre volonté d'expression originale et conformité à la norme au sein d’une économie symbolique des productions et des homologations de formes . L'ethnographie et l'histoire nous enseignent que c es trois modèles n'ont pas été également prévalant à la surface du globe et à travers les époques. (...)

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Perception sémiotique
et Socialité du sens


PerSemSoc

Ce projet à caractère fortement interdisciplinaire propose de nouvelles voies pour faire avancer ensemble sciences cognitives, sciences du langage et sciences sociales. La clé en est de rendre compatibles deux caractéristiques fondamentales du sens : sa perceptibilité et sa socialité, et de les faire opérer dans le cadre d’activités symboliques. Plus précisément : (i) la socialité du sens doit être rapportée d’emblée à des formes et des activités symboliques, qui redirigent en permanence les interactions et conditionnent la formation des valeurs et des utilités, (ii) le sens en tant que social ne se sépare pas d’une recherche d’expression, concomitante de la formation de divers médias sémiotiques et d’une constante ritualisation des conduites, fondant la possibilité de la répétition et d’une évaluation des écarts, (iii) l’historicité et la socialité du sens trouvent leur répondant, au niveau de l’expérience individuelle, dans une perception d’emblée sémiotique, qui ne se sépare pas de dispositions expressives étroitement dépendantes des médiations sémiotiques instituées.

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