Prochaine séance

Jeudi 5 avril 2018, 17h-19h,

96 bd Raspail 75006, salle des artistes

François Nemo

(Professeur à l’université d’Orléans) 

« Non-linéarité, subphonémie et réseaux de signes : reconsidérer la notion de forme en linguistique et sémantique »
Argumentaire

Si la façon dont la linguistique a pu aborder le lexique dans son ensemble et la question du signifiant individuel a pu osciller entre une conception construite sur la notion de valeur différentielle dans un système d’opposition et la conception exactement opposée selon laquelle le lexique (de base) n’est in fine qu’une liste d’unités non prédictibles, autonomes et de fait apprises une par une, il ne fait guère de doute que c’est la seconde qui a été empiriquement dominante et qu’elle n’a pas hésité à axiomatiser les principes posés par Saussure par exemple pour promouvoir une conception totalement atomiste du lexique (de base).
L’objet de la séance sera de montrer qu’il est aujourd’hui devenu démontrable empiriquement, y compris par des moyens automatiques, que la forme des briques sémantiques des langues ne peut être décrit ni comme une suite linéarisée de phonèmes (en contradiction avec le principe de linéarité de Saussure), ni même comme une suite de phonèmes, les éléments phonologiques concernés étant très souvent des archiphonèmes. Et que le corrélat du fait que tout segment signifiant ait ainsi une forme externe (linéaire et phonématique) et une forme interne (non linéaire et subphonématique) est l’existence d’un réseau très dense de relations interlexicales entre unités qui partagent des formes internes sans partager de formes externes reconnaissables par l’intuition sémantique immédiate.
L’intervention abordera dans ce contexte et à part égale la présentation des techniques utilisables pour cartographier sur l’ensemble du lexique les relations interlexicales concernées et celle des formes internes qui les rendent possibles. Elle se posera aussi la question de savoir ce que cela implique pour notre compréhension de la façon dont le simple apprentissage du lexique conduit automatiquement à la construction de formes internes et de signes dont la très grande généricité et polyvalence se construit par un processus de désindexicalisation du sens de la forme externe.

Infos pratiques

Jean Lassègue – Law & Big Data Conference

Exposé lors du colloque « Law & Big Data », Sénat, Palais du Luxembourg, 17-18 mars 2017.

Vidéo :

Les diapositives (en français) sont intégrées dans la vidéo.

Talk given at the ‘law & Big Data’ Conference, held in the French Senate, Palais du Luxembourg, March 17-18 2017. Slides (in French) are directly inserted in the video.

Noëlie Vialles, « Toute chair n’est pas viande »

Texte originairement publié in Études Rurales, janvier-décembre 1998, N°147-148, pp.139-149.

Résumé :

Notre régime carné n’admet pas la consommation d’animaux morts, mais seulement d’animaux tués. À partir de deux situations de mise à mort d’animaux à des fins alimentaires, on montre que seuls procurent de la viande des animaux à bonne distance – ni trop loin de l’homme, ni trop près -, et que leur mise à mort ne résulte pas en un cadavre immangeable, mais en une substance vivante. Le contrepoint du thon, ce poisson qui saigne, vérifie que les pratiques peuvent faire prévaloir la catégorie conceptuelle sur des apparences sensibles ambiguës, et ainsi laisser le thon dans la catégorie du poisson. Dans tous les cas, une physiologie comparée implicite ordonne le monde des vivants, et les relations concrètes des hommes avec les animaux.


Dans notre culture comme dans beaucoup d’autres, le régime carné pose directement la question de la mort des animaux dont on se nourrit, et d’autant plus brutalement qu’on ne consomme pas des animaux morts, mais des animaux tués de main d’homme à cette fin expresse1
D’autre part, lorsque la consommation d’animaux morts est admise, ils sont encore considérés comme tués, mais par Dieu même2. C’est pour cette raison que régulièrement il fait l’objet de débats qui mettent en question sa légitimité : a-t-on bien le droit de tuer des animaux pour en nourrir les hommes ? Ne faut-il pas se faire végétarien, pour s’abstenir d’entretenir sa propre vie par la mort d’autres vivants ? Ces scrupules ont pour eux le prestige du souci éthique et d’une compassion étendue à tout vivant ; face à quoi le carnivore est suspect d’égoïsme cynique et de mœurs sanguinaires, accusé de spécisme, cette injuste arrogance des humains à l’égard des autres vivants, ou encore de nécrophagie, cette répugnante inhumanité.

Ces adversaires partagent cependant quelques idées communes. En particulier, ils sont d’accord pour distinguer les animaux des végétaux : le carnivore en considérant qu’il n’est de nourriture vraiment reconstituante que d’origine animale, le végétarien en ne tenant pas pour mortifère la récolte des végétaux et la consommation des graines de céréales, ces germes de vie. Où l’on voit que la définition de ce qu’est un animal est étroitement liée à une représentation de la vie et, plus évidemment encore, de la mort ; et que le référent implicite de ces représentations est l’homme lui-même. Ce qui revient à dire que ni les animaux ni même la mort ne sont des faits bruts, des données objectives irrécusables, mais qu’ils sont toujours construits, et plus sûrement en actes qu’en spéculations abstraites.
L’ethnologue se donnant l’humanité réelle pour son objet d’étude, il ne vient à s’intéresser aux animaux, et à leur mort, que pour autant que les hommes s’y intéressent (Digard 1990 :12) ; son intérêt se porte donc sur les relations effectives, en actes et en représentations, que des hommes datés et localisés entretiennent avec des animaux – réels ou imaginés, mais toujours représentés. Ce qui implique que non seulement ces animaux, mais aussi leur mort, soient présents et reconnus dans le champ des activités humaines : les Fables de La Fontaine contribuent sans doute autant que leurs invasions saisonnières à nous rappeler l’existence de ces insectes ; mais celles qui périssent sous nos pas sont simplement ignorées, comme le sont d’ailleurs des animaux et des morts de plus de conséquence, si pour quelque raison ils sont absents de notre horizon individuel ou collectif.

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Jean-Pierre Durafour, « De la double référence du langage »

Jean-Pierre Durafour – Université de Tübingen
Equipe SCOLIA de l’Université Marc Bloch de Strasbourg

Résumé

Depuis une trentaine d’années, et plus particulièrement depuis le début des années 90, le champ des recherches en sémantique lexicale et en sémantique propositionnelle se trouve dans un profond bouleversement théorique. Ce lieu intellectuel est un creuset bouillonnant d’idées nouvelles. L’intensité de ce bouillonnement et de ce besoin de transformations conceptuelles est à la mesure des enjeux historiques : la remise en question de la configuration et des principes théoriques de la sémantique/sémiotique grammaticale et linguistique (24 siècles), centrée depuis toujours, et non par hasard, sur la sémantique et la sémiotique du mot substantif (comme substance/essence /concept//objet en tant qu’étant séparé positif logiquement délimité, en opposition au néant). D’où, dans les études traditionnelles du sens et de sa formation, avec toute la force de leur évidence, l’atomisme du sens lexical et du correspondant mondain de la chose (objet) que ce sens désigne ontologiquement et signifie individuellement, sa référence. Reflet de l’atomisme ontologique classique, l’atomisme sémantique est théoriquement flanqué, d’une part, du principe ontologique de l’antécédence du simple sur le composé, de l’autre, du principe épistémologique et génétique de la précédence de la partie sur le tout. Il s’agit là, on le sait, de la conception conceptuelle du sens du mot (analytiquement composé de traits) et de la conception compositionnelle du sens propositionnel, conceptions statiques nées, à l’époque de la Grèce classique, de l’ontologie (les catégories aristotéliciennes et le principe hiérarchique de l’essentiel et de l’accidentel) et de la théorie de la connaissance rationnelle, objective, du général, en opposition à la connaissance perceptive privée, subjective, du particulier.

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L. Scubla – Préface à « Au commence était le rite » de A. M. Hocart

Lucien Scubla – LIAS- EHESS

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Préface à A. M. Hocart « Au commencement était le rite ; de l’origine des sociétés humaines », traduction de J. Lassègue avec la collaboration de M. Anspach, La Découverte, Paris, 2005, 220 p., (ISBN 2-7071-4676-5).

 

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