Prochaine séance : Emanuela Guano

Intervention d’Emanuela Guano (Department of Anthropology, Georgia State University)

« Creative Urbanity: Revitalization, Precariousness, and Hope in a Postindustrial City »
Argumentaire

Over the last several decades, the neoliberal valorization of urban aesthetics has become pivotal to the attempt to boost a local economy of tourism in many of Europe’s postindustrial cities. While much urban studies literature represents this process as a top-down intervention with invariably negative social ramifications, this paper draws on over 10 years of ethnographic research conducted in Genoa, Italy, to explore how members of an Italian educated, though largely precarious, middle class carved niches of meaningful self-employment at the margins of urban revitalization. By analyzing the affective bearing of neoliberal urbanism and the agency of under- and unemployed middle class individuals in re-making the city, this paper provides a template for the exploration of revitalization in postindustrial cities that foregrounds forms of grassroots participation in a rapidly rising tourist and culture industry. It also argues for a contextual approach to neoliberalism as well as an under­standing of Europe’s urban cultures that adds nuance to the assessment of city-based consumption prevailing in urban political economy.

Infos pratiques : (Jeudi 7 juin 2018, Salle des artistes)

Prochaine séance

Jeudi 5 avril 2018, 17h-19h,

96 bd Raspail 75006, salle des artistes

François Nemo

(Professeur à l’université d’Orléans) 

« Non-linéarité, subphonémie et réseaux de signes : reconsidérer la notion de forme en linguistique et sémantique »
Argumentaire

Si la façon dont la linguistique a pu aborder le lexique dans son ensemble et la question du signifiant individuel a pu osciller entre une conception construite sur la notion de valeur différentielle dans un système d’opposition et la conception exactement opposée selon laquelle le lexique (de base) n’est in fine qu’une liste d’unités non prédictibles, autonomes et de fait apprises une par une, il ne fait guère de doute que c’est la seconde qui a été empiriquement dominante et qu’elle n’a pas hésité à axiomatiser les principes posés par Saussure par exemple pour promouvoir une conception totalement atomiste du lexique (de base).
L’objet de la séance sera de montrer qu’il est aujourd’hui devenu démontrable empiriquement, y compris par des moyens automatiques, que la forme des briques sémantiques des langues ne peut être décrit ni comme une suite linéarisée de phonèmes (en contradiction avec le principe de linéarité de Saussure), ni même comme une suite de phonèmes, les éléments phonologiques concernés étant très souvent des archiphonèmes. Et que le corrélat du fait que tout segment signifiant ait ainsi une forme externe (linéaire et phonématique) et une forme interne (non linéaire et subphonématique) est l’existence d’un réseau très dense de relations interlexicales entre unités qui partagent des formes internes sans partager de formes externes reconnaissables par l’intuition sémantique immédiate.
L’intervention abordera dans ce contexte et à part égale la présentation des techniques utilisables pour cartographier sur l’ensemble du lexique les relations interlexicales concernées et celle des formes internes qui les rendent possibles. Elle se posera aussi la question de savoir ce que cela implique pour notre compréhension de la façon dont le simple apprentissage du lexique conduit automatiquement à la construction de formes internes et de signes dont la très grande généricité et polyvalence se construit par un processus de désindexicalisation du sens de la forme externe.

Infos pratiques

Prochaine séance : Giovanni Kezich

Intervention de Giovanni Kezich (Professeur invité à l’EHESS – Trentino Folklife museum, San Michele all’Adige) 

« Pastoral graffiti : the valley of Fiemme and its wealth of shepherds rock paintings (1550-1950) »
Argumentaire

In a remote cluster of rock sites in the heart of the Dolomites, generations of shepherds have left their red graffiti at the foot of overhanging cliffs numbering at around 50,000 single instances over a time span ranging from 1550 to about 1950. A complete survey of the writings explains the connection between this kind of modern pastoral graffiti and the most ancient conventions of this art.

Infos pratiques (Jeudi 15 mars 2018, Salle des artistes)

Journée d’étude internationale

« L’expérience esthétique et la « praxis » : perception, imagination et atmosphères »

Dans le cadre des activités du séminaire, le 22 mars prochain aura lieu une journée d’étude à la croisée entre esthétique, sémiotique et anthropologie.

Parmi les conférenciers extérieurs invités figurent Tonino Griffero, spécialiste des notions d’atmosphère et d’ambiance, Alessandro Bertinetto, philosophe de la musique et de l’improvisation, et Georg W. Betram, philosophe de l’art et représentant de la « nouvelle esthétique allemande ».

Infos pratiques ci-dessous :

 

Institut des Systèmes Complexes de Paris Île de France

113 rue Nationale, 75013 Paris
Entrée libre

Mauricio Hernandez, « Médiatisation technologique et voix du réel. Une anthropologie historique du regard – de la trace à l’écran »

Présentation de la thèse de doctorat

Résumé

Nous partons du constat de l’importance de l’image dans le processus d’anthropogénèse, car la fixité de l’image se dévoile comme une médiation temporelle, c’est-à-dire, comme la création d’un temps rapporté médiatisant notre rapport au réel et transgressant par là notre champ perceptif. À ce titre, l’histoire de l’image apparaît comme le développement de divers modèles eidétiques statiques qui vont être en négociation et relation permanente avec les modèles eidétiques dynamiques : le langage, les gestes, l’outillage, la musique, la danse, l’habitat ; modèles qui en contrepartie sont des médiations nous permettant d’investir l’espace et de le délimiter. L’interpénétration des deux types de modèles, dynamiques et statiques, constituerait, dans la pléthore et la diversité d’éléments composant chaque culture, le caractère définissant l’homme comme animal politique.

C’est ainsi que l’on a pu discerner une différence ontologique lors de l’apparition de la trace photographique, trace résultant, non d’une idéalisation formelle et symbolique, mais de l’idéalisation d’une distance, à partir de laquelle se matérialise l’écran en articulant le regard depuis une nouvelle échelle opératoire. L’apport essentiel de l’image serait entré donc dans une nouvelle phase qui, au bout de presque deux siècles, aurait transformé l’homme en animal médiatique. C’est là que l’histoire de la nouvelle trace, sous l’essor de la technologie numérique, centre tout enjeu politique dans sa manifestation la plus conséquente, celle de l’expression cinématographique.

Dans ce cadre nous avons abordé et privilégié une histoire du cinéma à des moments où celle-ci développe des enjeux spécifiques dans son rapport au réel, comme notamment dans l’exemple de l’œuvre du cinéaste mexicain Téo Hernández, réalisée pour l’essentiel en Europe entre 1968 et 1992. Sa forte dimension phénoménologique, l’importance du corps dans l’acte de filmer, tout autant que sa fine réflexion sur le médium et son rapport au réel, nous ont fournit une clé de voûte nous permettant de comprendre les grands changements médiatiques qui sont survenus dans les années 80, et qui ont déterminé le regard politique du monde actuel.

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Jean Lassègue, « Émergence et évolution de la parenté »

Introduction et retour sur les journées de Foljuif (nov. 2002)

Les journées scientifiques qui se sont déroulées à la station biologique de Foljuif en novembre 2002 ont permis de faire se rencontrer des anthropologues et des linguistes, des éthologues, des philosophes et des modélisateurs appartenant au groupe de recherche « Modélisation de l’émergence du langage » (MEL).
Très concrètement, tout d’abord, l’objectif de ces journées était de réunir des chercheurs britanniques et français, appartenant à des disciplines variées (anthropologie, linguistique, modélisation en sciences humaines et sociales, philosophie), pour permettre des échanges transdisciplinaires et transnationaux. Il s’agissait, d’une part, de mieux comprendre la place revenant au langage dans l’ensemble des activités symboliques et, d’autre part, de mieux circonscrire la pertinence de la modélisation dans l’abord de l’émergence du langage. Ces deux questions, traitées de façon connexe depuis la formation du groupe MEL, méritaient, de par leur importance et leur difficulté, une étude particulière, d’où l’idée d’y consacrer des journées spéciales.
Je présente ici les différentes interrogations qui furent les miennes en proposant au groupe MEL la tenue de cette réunion. Ni les membres du groupe ni nos invités n’étaient évidemment tenus d’y répondre explicitement, et chacun a pu se situer librement par rapport à celles-ci, sans avoir à y couler de force sa pensée.

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Jean Lassègue, « Sélection naturelle et sélection de groupe – origine et enjeux du débat »

Résumé

La problématique remonte à Darwin et au concept de sélection naturelle. La sélection naturelle de certaines caractéristiques dans les organismes vivants exige un préalable : la permanence de la variabilité de ces caractéristiques, variabilité que Darwin ne s’expliquait pas (C’est Mendel qui a montré qu’elle vient du fait que les caractéristiques propres aux deux parents ne se diluent pas dans la génération suivante -en quelques générations cela réduirait à rien toute variation – mais que certaines caractéristiques provenant d’un des parents s’exprime tandis que celles provenant de l’autre parent peuvent s’exprimer à des générations ultérieures – c’est la différence dominant / récessif). En revanche, Darwin met au jour un mécanisme permettant de rendre compte de la sélection des caractéristiques : dans un environnement donné, certaines caractéristiques apparaissant de façon aléatoire sont avantageuses pour l’organisme en termes de différentiel de reproduction. L’organisme doté de telle ou telle caractéristique bénéficie d’un temps moyen de reproduction plus grand que celui qui n’en est pas doté (par exemple, une plus grande rapidité à la course ou un meilleur camouflage) : l’accumulation de cet avantage reproductif à travers les générations contribue à multiplier les descendants de l’organisme possédant la caractéristique en question au détriment des organismes de la même espèce ne possédant pas cette caractéristique. Il y a donc une compétition entre les individus d’une même espèce, compétition qui transite par les caractéristiques assurant, dans un environnement donné, un avantage reproductif. C’est ce qui transforme progressivement l’espèce au cours du temps.

Le mécanisme de la sélection naturelle semble ainsi rendre impossible tout ce qui ne vise pas l’avantage reproductif de l’individu. Le mécanisme de la sélection naturelle permet non seulement d’expliquer les caractéristiques organiques des espèces et leur évolution au cours du temps, mais aussi les caractéristiques comportementales. On voit immédiatement la conséquence : si on peut expliquer l’existence des comportements d’aide, de protection et de secours entre individus apparentés (mère / progéniture, par exemple), le mécanisme de sélection naturelle semble impropre à sélectionner des comportements « altruistes » entre individus non-apparentés puisque cela irait directement contre la règle de la compétition pour l’avantage reproductif.

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Noëlie Vialles, « Toute chair n’est pas viande »

Texte originairement publié in Études Rurales, janvier-décembre 1998, N°147-148, pp.139-149.

Résumé :

Notre régime carné n’admet pas la consommation d’animaux morts, mais seulement d’animaux tués. À partir de deux situations de mise à mort d’animaux à des fins alimentaires, on montre que seuls procurent de la viande des animaux à bonne distance – ni trop loin de l’homme, ni trop près -, et que leur mise à mort ne résulte pas en un cadavre immangeable, mais en une substance vivante. Le contrepoint du thon, ce poisson qui saigne, vérifie que les pratiques peuvent faire prévaloir la catégorie conceptuelle sur des apparences sensibles ambiguës, et ainsi laisser le thon dans la catégorie du poisson. Dans tous les cas, une physiologie comparée implicite ordonne le monde des vivants, et les relations concrètes des hommes avec les animaux.


Dans notre culture comme dans beaucoup d’autres, le régime carné pose directement la question de la mort des animaux dont on se nourrit, et d’autant plus brutalement qu’on ne consomme pas des animaux morts, mais des animaux tués de main d’homme à cette fin expresse1
D’autre part, lorsque la consommation d’animaux morts est admise, ils sont encore considérés comme tués, mais par Dieu même2. C’est pour cette raison que régulièrement il fait l’objet de débats qui mettent en question sa légitimité : a-t-on bien le droit de tuer des animaux pour en nourrir les hommes ? Ne faut-il pas se faire végétarien, pour s’abstenir d’entretenir sa propre vie par la mort d’autres vivants ? Ces scrupules ont pour eux le prestige du souci éthique et d’une compassion étendue à tout vivant ; face à quoi le carnivore est suspect d’égoïsme cynique et de mœurs sanguinaires, accusé de spécisme, cette injuste arrogance des humains à l’égard des autres vivants, ou encore de nécrophagie, cette répugnante inhumanité.

Ces adversaires partagent cependant quelques idées communes. En particulier, ils sont d’accord pour distinguer les animaux des végétaux : le carnivore en considérant qu’il n’est de nourriture vraiment reconstituante que d’origine animale, le végétarien en ne tenant pas pour mortifère la récolte des végétaux et la consommation des graines de céréales, ces germes de vie. Où l’on voit que la définition de ce qu’est un animal est étroitement liée à une représentation de la vie et, plus évidemment encore, de la mort ; et que le référent implicite de ces représentations est l’homme lui-même. Ce qui revient à dire que ni les animaux ni même la mort ne sont des faits bruts, des données objectives irrécusables, mais qu’ils sont toujours construits, et plus sûrement en actes qu’en spéculations abstraites.
L’ethnologue se donnant l’humanité réelle pour son objet d’étude, il ne vient à s’intéresser aux animaux, et à leur mort, que pour autant que les hommes s’y intéressent (Digard 1990 :12) ; son intérêt se porte donc sur les relations effectives, en actes et en représentations, que des hommes datés et localisés entretiennent avec des animaux – réels ou imaginés, mais toujours représentés. Ce qui implique que non seulement ces animaux, mais aussi leur mort, soient présents et reconnus dans le champ des activités humaines : les Fables de La Fontaine contribuent sans doute autant que leurs invasions saisonnières à nous rappeler l’existence de ces insectes ; mais celles qui périssent sous nos pas sont simplement ignorées, comme le sont d’ailleurs des animaux et des morts de plus de conséquence, si pour quelque raison ils sont absents de notre horizon individuel ou collectif.

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Philipp Krämer, « Un phonème peut-il être une forme symbolique? Contacts et changements linguistiques – du portugais des Açores à l’essor du R uvulaire en Europe »

Résumé

L’interpénétration des langues romanes et germaniques en Europe est plus profonde qu’on ne le croit. Au niveau phonologique, on remarquera la présence des voyelles antérieures arrondies /y, ø, œ/ dans une multitude de langues et dialectes romans bien que ce phénomène soit plus typiquement répandu dans les langues germaniques.

Inversement, aujourd’hui encore, on assiste à la diffusion croissante du /R/ uvulaire, initialement réservé au français, dans les sphères romane aussi bien que germanique.

Comment expliquer ces phénomènes inhabituels ? En partant de l’hypothèse du feature pool, conception développée dans l’étude des langues créoles, on a les moyens d’analyser ces développements historiques avec un modèle qui arrive à concilier aussi bien des processus de contacts linguistiques que des changements internes du système grammatical ou phonologique.

Dans ce modèle, la réalité sociale est au centre de la réflexion car l’émergence ou l’entrée d’un nouveau trait structurel peut s’expliquer par la valeur socio-indexicale du phénomène en question. C’est à partir de cette signification sociale accrue des deux types de phonèmes qu’on peut faire un lien entre la phonologie socio-dialectale comparée et la notion du langage comme forme symbolique.