Yves-Marie Visetti

Intervention d’Yves-Marie Visetti (LIAS)

« Motifs et motivations : encore un effort… »
Argumentaire

Dans notre Théorie des formes sémantiques (2001), nous avions introduit une certaine notion, spécifiquement linguistique, de motif, présentée comme « phase du sens » dans le cadre d’une théorie du champ sémantique.

On présentera ici quelques éléments venant à l’appui d’une possible extension et approfondissement de la notion, entendue cette fois comme une structure tout à fait générale de la perception et de l’agir sémiotiques, pièce d’une esthétique modale et d’une proto-éthique transversale à divers champs. S’exprimant dans le retour de gestes et de formes plastiques, sonores, langagières, le motif, à la fois singulier et répétable, croise en lui les dimensions de la force et de la valeur, celles aussi de la reprise/relance et de la typicité/variabilité (sous l’horizon d’une possible systématicité). Présente de façon éparse seulement dans la phénoménologie merleau-pontienne, cette notion demande à être mieux élaborée, et si possible théorisée sur un mode dynamiciste, à la mesure des répétitions et des ruptures inhérentes aux procès de valorisation, de transmission, de formation et d’enrôlement réciproques des « signes » (i.e. des jeux sémiotiques) et des « sujets ».

Infos pratiques :(Jeudi 3 mai 2018, Salle 651, 54, bd Raspail, 75006 Paris

Journée d’étude internationale

« L’expérience esthétique et la « praxis » : perception, imagination et atmosphères »

Dans le cadre des activités du séminaire, le 22 mars prochain aura lieu une journée d’étude à la croisée entre esthétique, sémiotique et anthropologie.

Parmi les conférenciers extérieurs invités figurent Tonino Griffero, spécialiste des notions d’atmosphère et d’ambiance, Alessandro Bertinetto, philosophe de la musique et de l’improvisation, et Georg W. Betram, philosophe de l’art et représentant de la « nouvelle esthétique allemande ».

Infos pratiques ci-dessous :

 

Institut des Systèmes Complexes de Paris Île de France

113 rue Nationale, 75013 Paris
Entrée libre

Jean Lassègue – Cassirer, du transcendantal au sémiotique

Jean Lassègue, Cassirer. Du transcendantal au sémiotique, collection « Mathesis », Vrin, Paris, 2016, 242 p., ISBN 978-2- 7116-2690- 8, 25€.

Ernst Cassirer (1874-1945) fut l’un des principaux acteurs des débats philosophiques et épistémologiques de l’entre-deux- guerres en Allemagne. Héritier de la tradition épistémologique kantienne et néo-kantienne, Cassirer fut confronté à une situation épistémologique sans précédent : la pluralisation des géométries montrait que l’idée de connaissance était susceptible de variation dans ses propres modes d’objectivation. Tirant philosophiquement toutes les conséquences de cette situation inédite, Cassirer reconnut l’égale valeur de modes d’objectivation jusqu’alors considérés comme seulement propédeutiques à la connaissance scientifique, tels le langage, le mythe, la technique ou le droit. Il a forgé, avec la notion de « forme symbolique » un outil conceptuel original qui articule sciences de la nature et sciences de la culture en plaçant, au cœur des modes de l’objectivation, la capacité de transformation propre au sens. Il a, ce faisant, déplacé le centre de gravité de la philosophie kantienne du transcendantal au sémiotique.


Ernst Cassirer, du transcendantal au symbolique tente d’éclairer l’œuvre de Cassirer selon trois axes qui ont respectivement trait à l’histoire de la philosophie, à l’épistémologie et aux sciences de la culture.

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Antonino Bondì, « Invention et interprétation(s) entre imagination sémiotique et imaginaire »

Résumé

Dans cet exposé je focaliserai les liens entre invention et interprétations, que je propose d’analyser comme deux opérations sémiotiques (et plus largement anthropologiques), à l’œuvre dans différents dispositifs et régimes culturelles de gestion du sens. En nous appuyant sur la distinction de Yves Citton entre économies de la connaissance vs cultures de l’interprétation, nous montrerons la valeur prototypique du geste inventif, qui traverse toute praxis et se déploie comme une interprétation sémiotique généralisée orientée toujours vers les virtualités des objets et permettant une double actualisation des sujets (et des groupes sociaux) et des milieux de culture.

Vidéos :

Jean Lassègue – Alan Turing, une autre victime de la loi anglaise sur l’homosexualité

En replay, l’intervention de Jean Lassègue chez Antoine Garapon, jeudi 22 décembre, dans Les discussions du soir sur France Culture.

Si l’opinion publique connaît le destin d’Oscar Wilde qui a été condamné à deux ans de prison pour sa conduite homosexuelle, elle ne sait probablement pas que le grand mathématicien anglais Alan Turing (1912-1954) a été condamné sur la base de la même loi britannique de 1885 à subir une castration chimique qui l’a tellement affecté qu’il a mis fin à ses jours. Ce scientifique de génie, qualifié par Churchill lui-même comme « l’un des hommes dont l’action individuelle a le plus contribué à la victoire des Alliés », a bénéficié d’une grâce posthume de la reine en 2009. A G.

Le philosophe reviendra sur la figure d’Alan Turing, mathématicien et chargé par les Services Secrets des codes pendant la Seconde Guerre mondiale, sur son histoire, sur la rédaction de son premier article en 1936, évoquant la description d’une machine (qui allait donner naissance à l’informatique), sur sa condamnation pour homosexualité, sur sa mort par le suicide…

De son temps, il est peu connu, sinon d’un cercle étroit de personnes; il est, de plus, tenu au « secret defense », de par son engagement – un secret qui sera bien gardé. Il se sait homosexuel depuis ses jeunes années de lycée, depuis cette passion pour un camarade, féru comme lui de mathématiques, brillant étudiant qui va mourir aussitôt, laissant Turing investi d’une mission : accomplir l’oeuvre laissée en cours par l’Ami….

Si dans l’enceinte de l’université, l’homosexualité passe, cela n’est pas le cas dans la société. Turing sera condamné. Le procès lui donnera le choix entre un an de prison ferme ou un traitement de hormonothérapie, autrement dit; se castrer lui-même. Il choisira la castration : il veut travailler, et il se sait utile. L’audience aura lieu, et il sera condamné à des piqûres d’oestrogènes, qui vont, non seulement modifier sa libido, mais son corps…

S’il fait ce choix, c’est parce qu’il croit en la séparation du corps et de l’esprit. Comme il choisira de se suicider, en croquant dans une pomme trempée dans du cyanure. La renommée de Turing grandit au fil du temps, on louera son rôle capital durant la Seconde Guerre mondiale (certains spécialistes s’accorderont pour dire qu’il a fait raccourcir la guerre de 2 ans). En 2013, une grâce de la Reine est accordée. … Il meurt à 42 ans, du fait de l’absurdité des lois réprimant l’homosexualité en Angleterre.

Une musique de circonstance ? « Snow white evil Queen prepares poison Apple », ou l’air de la Sorcière dans Blanche-Neige et les 7 nains.

Voir sur le site de France Culture

En savoir plus sur Alan Turing : Turing, J. Lassègue, Paris, Les belles lettres, re-éd. 2003

Johann Michel, « Quand le social vient au sens ; Philosophie des sciences historiques et sociales »

L’objectif de la communication est de proposer une réflexion sur la « voie longue » de l’herméneutique, en reconnaissant la doublure de l’acte d’interpréter à la fois comme pratique ordinaire au plan anthropologique et comme activité scientifique au plan épistémologique.
L’exposé porte surtout sur les modalités ordinaires d’interpréter dans la possibilité de construire une anthropologie sociale et philosophique.

Vidéos :

Benoît Grévin, « La langue symbole d’elle-même »

La langue symbole d’elle-même ? Formalisation linguistique, fonctionnalisme et symbolisation du langage dans les sociétés traditionnelles à « écrit complexe hérité » (Occident-Orient, IVe-XVe s.)

Benoît Grévin, CNRS-LamoP
(Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris), UMR 8589

Les cultures linguistiques tardo-antiques et médiévales sont marquées par une complexité due aux caractéristiques des sociétés qui les abritent. Participant encore pleinement, par de nombreux aspects, d’une vision performative de la langue en tant que miroir du divin et instrument magique, elles n’en possèdent pas moins également de profondes spécificités, liées à la complexification de pratiques de l’écrit stratifiées, conjuguant le maintien d’héritages antiques et la création d’outils spécifiques.

En reprenant certains des problèmes soulevés dans l’essai de comparatisme Le parchemin des cieux. Essai sur le Moyen du langage (Paris, Le Seuil, L’univers historique, 2012), on tentera de donner une idée des possibilités de réfléchir à nouveaux frais sur des pratiques et sur des idées trop souvent lues à l’aune téléologique du dévoilement progressif des modernités qu’offre un comparatisme des différentes aires culturelles eurasiatiques au long du millénaire médiéval.

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Robert Jacob, « La grâce des juges »

Présentation de l’ouvrage

Comment comprendre le halo de sacralité qui entoure aujourd’hui encore la pratique de la justice ? Comment s’explique le fossé qui sépare la conception de la fonction de juger en Occident et dans d’autres cultures, comme celle de la Chine ? Quelle est l’origine de l’écart qui s’est creusé entre les justices de common law et celles de l’Europe continentale, jusque dans la construction de la vérité judiciaire ?

À ces questions, ce livre cherche des réponses dans l’histoire des articulations entre justices humaines et justice divine au sein même de la pratique des procès. En Occident, elles sont passées par deux phases. La première fut d’instrumentalisation. La christianisation des ordalies permettait de solliciter directement de Dieu le jugement des causes. La seconde fut d’imitation. À partir du Moyen Âge central, les hommes allaient assumer seuls la charge du jugement. Mais jamais ils ne perdirent de vue l’exigence de perfection que leur imposait la référence à l’idéal d’une justice absolue.

L’ouvrage entreprend de dénouer les fils de cette histoire, en même temps qu’il l’éclaire du dehors en l’inscrivant dans une ample anthropologie comparative des rituels judiciaires.

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Carlotta Santini, « Nietzsche et la Grèce de la norme et de la forme. Les Leçons de Bâle : une interprétation »

Résumé

Les cours prononcés par Friederich Nietzsche à l’Université de Bâle entre 1869 et 1879 quand il y occupait la chaire de langue et littérature grecque constituent encore aujourd’hui une des sections les moins connues du Nachlass du philosophe allemand. Ces textes permettent de proposer une image de la relation complexe que le philosophe entretient avec le monde grec conçue de façon tout à fait différente de celle qu’il propose dans La naissance de la tragédie.

L’expérience esthétique du monde grec est un phénomène d’une complexité extraordinaire, dont l’altérité indépassable par rapport à l’expérience moderne apparaît clairement quand on cherche à la réduire aux catégories de la théorie esthétique moderne. L’obstacle fondamental vient de la différence dont on conçoit la culture dans la société moderne et dans la société antique, c’est à dire l’usage de la lecture et de l’écriture et les formes de transmission du savoir qui en découlent. Pouvons-nous à apprendre des Anciens ? Pour répondre à cette question, Nietzsche analyse le processus de la naissance du langage comme œuvre d’art en Grèce. La reconstruction de la normativité fixe qui règle les genres littéraires fait apparaître l’image antiromantique d’un art extrêmement formalisé et conventionnel, lié à une législation rigide dictée par les institutions politiques.

En s’opposant à la vulgate d’un Nietzsche « irrationaliste », les leçons de Bâle proposent donc une réflexion qui s’articule autour des concepts, à la fois esthétiques et éthiques, de forme, norme, discipline et convention, concepts qui deviendront capitaux dans la pensée de Nietzsche à partir de Humain, trop Humain.